Contribution pour une redéfinition de la carte scolaire

Publié le dans Positions, Positions-Education, jeunesse et sport

Une concertation tronquée

Entre septembre 2016 et février 2017, trois réunions ont été consacrées à la redéfinition de la carte scolaire des collèges grenoblois et au renforcement de la mixité sociale. Avant la présentation des propositions du Département en la matière, nous regrettons les conditions dans lesquelles cette concertation s’est déroulée.

  • Une concertation tronquée

Alors que toutes les projections en matière d’effectifs soulignent des risques majeurs de surpopulation, ne consacrer que deux réunions d’1h30 pour redéfinir la carte scolaire est une gageure au vu de la complexité du problème et de la variété des acteurs concernés (Education Nationale, membres du Conseil Départemental, représentants des parents d’élèves, des équipes de direction et des professeurs). En outre, l’organisation en sous-groupes de travail a empêché que tous les acteurs partagent leurs réflexions et leurs propositions sur tous les aspects du problème.

Par ailleurs, découpler totalement les réflexions en matière de sectorisation et de mixité sociale (traitée en une réunion d’1h30) empêche de définir globalement une solution alors que les deux aspects sont étroitement liés.

  • Une actualisation non partagée des capacités théoriques

Les capacités théoriques des collèges ont été largement révisées préalablement à la concertation. Si nous pouvons assumer la démarche d’utiliser au mieux les établissements existants, nous déplorons cette actualisation faite sans concertation avec ceux qui ont l’expertise d’usage et la connaissance de l’histoire des collèges (équipes de direction, professeurs, parents d’élèves et élèves). Ces nouvelles capacités auraient dû a minima être débattues avec les différents acteurs. Le cas particulier d’un collège grenoblois illustre bien l’arbitraire de ce processus : initialement estimée à 650 élèves, sa capacité a été révisée brusquement à 870 avant que celle-ci ne soit finalement fixée à 754, encore au-delà de ce que le collège peut visiblement accueillir.

De même, cette réflexion sur les capacités théoriques n’a jamais pris en compte clairement les spécificités des collèges : il nous semble irresponsable de vouloir remplir à 600 élèves un collège classé REP ou REP+. Ce point de vue a été confirmé par l’Inspection d’Académie mais sans qu’il ne soit possible d’avoir une estimation quantitative des tailles optimales préconisées.

Enfin, ce souhait de raisonner partout au maximum théorique, ignore totalement toute la complexité induite en raison des options, des effectifs disparates selon les niveaux… En raison de cela, les seuils préconisés par section sont nécessairement dépassés dans de nombreux cas.

  • Des hypothèses de départ verrouillées

Dès décembre 2015, le Président du Département a exclu les possibilités de construction d’un nouveau collège ou de changement de statut de la Cité Scolaire Internationale Europole. Il est regrettable de poser comme préalable ces deux hypothèses et ce, alors que ni les projections d’effectifs de l’époque, ni les capacités théoriques n’avaient été consolidées.

 

Pistes de réflexion du groupe RC-S&E

Les points de réserve majeurs exprimés précédemment ne permettent pas au groupe RC-S&E de proposer un scenario répondant aux défis des années à venir. En dépit de cela, nous souhaitons proposer des pistes de réflexion pour permettre d’aboutir à une solution.

  • Pistes de réflexion pour une re-sectorisation

Nous soutenons la démarche consistant à réfléchir globalement sur le territoire de l’agglomération (au-delà de la seule ville de Grenoble) afin d’optimiser les capacités existantes de collège. Cela n’est cependant acceptable que s’il existe une offre de qualité en matière de déplacement (transport en commun sans correspondance, cheminements piéton ou cycle sécurisés, temps de parcours raisonnables). Il ne faudrait pas qu’une sectorisation inappropriée incite les parents d’élèves à prendre leurs automobiles pour déposer les enfants, dégradant ainsi les conditions de circulation de l’agglomération.

Nous avons effectué une étude quantitative à l’horizon 2025 des possibilités envisageables et actons que, d’un point de vue strictement comptable, une solution peut se dessiner, aussi bien pour l’est de Grenoble (Vercors, Munch, Les Saules) que pour le sud-ouest (Aimé Césaire). Cela nécessitera cependant de mettre à contribution les collèges des villes voisines (Saint Martin d’Hères, Seyssins).

Sur le Sud-Est de Grenoble, le point de tension en matière d’effectif du Collège Olympique semble plus difficilement traitable en l’état. Même si ce point de tension est moins marqué qu’ailleurs et à plus longue échéance, la spécificité de ce collège classée en REP impose de réfléchir au-delà des simples données chiffrées et de l’opportunité à remplir à tout prix ce collège au maximum.

Avec une urbanisation en forte hausse et une population très jeune, le nord-ouest de Grenoble demeure très problématique. S’il est possible dans une certaine mesure de trouver des marges de manœuvre en réfléchissant globalement sur plusieurs collèges (Fantin Latour, Stendhal, Champollion, Chartreuse), ce qui est acceptable en matière de déplacement ne permet pas de contenir totalement la montée des effectifs du collège Fantin Latour, surtout dans une hypothèse réaliste de capacité théorique (le niveau actuellement acté de 754 demeure encore irréaliste à ceux qui ont une expertise d’usage de l’établissement). Nous demandons au Département et à l’Inspection d’Académie de considérer à nouveau une sectorisation partielle de la Cité Scolaire Internationale. L’ouverture de deux sections sectorisées, au moins à titre expérimental et provisoire le temps d’absorber la vague démographique, permettrait d’accueillir les collégiens des quartiers voisins en forte expansion (Jean Macé, Presqu’ile). Cela semble la seule solution pour ces deux quartiers dont les déplacements sont fortement contraints en raison des 2 rivières et des infrastructures (routes, voie ferrée) qui bordent ces quartiers.

  • Pistes de réflexion relatives à la mixité sociale

Nous réaffirmons la nécessité de considérer la mixité sociale comme une priorité, et non comme une conséquence mineure de la re-sectorisation. Malheureusement, en s’interdisant de construire un nouveau collège et en sanctuarisant le regroupement des sections internationales dans un lieu unique, le Département perd ses deux leviers principaux d’action.

La répartition actuelle des collèges dans l’agglomération ainsi que les projections en matière d’effectif font qu’il existe peu de cas où la mixité sociale peut être renforcée en agissant sur les simples aires de recrutement des collèges. Cela ne semble de fait possible qu’en proposant à des collégiens issus de catégorie modeste d’être affectés dans des collèges limitrophes aujourd’hui fréquentés par des catégories plus favorisées (collèges Marc Sangnier à Seyssins, ou Chartreuse à Saint-Martin-le-Vinoux). Dans Grenoble intra-muros, l’absence d’un collège central (quartier Capuche et alentours) empêche cependant toute flexibilité et toute communication entre secteurs de catégories différentes. A cet égard, nous déplorons à nouveau le refus d’envisager dans ce secteur la construction d’un nouveau collège central permettant une réelle mixité, comme cela est le cas au Lycée Mounier. Sans ignorer les contraintes budgétaires du Département, il est regrettable que cette hypothèse ait été écartée d’emblée. Dans une situation financière bien plus critique en matière d’endettement ou de baisse de dotation, la ville de Grenoble a pris quant à elle la mesure du défi de l’explosion démographique à venir en investissant massivement avec son « plan écoles ». Il est incompréhensible que le Département s’arc-boute sur des considérations financières et néglige ainsi l’avenir des collégiens grenoblois.

Au-delà de la simple re-sectorisation, le renforcement de la mixité sociale passe par une attractivité de l’offre permettant une réduction de l’évitement. Cela a fait ses preuves dans plusieurs collèges avec une amélioration des locaux et la présence d’une équipe pédagogique motivée. Ce processus peut être encore décuplé par une offre pédagogique d’options attrayantes, et notamment par une redéfinition complète de l’offre des options bilingues.