Budget réalisé 2018 : intervention de Véronique Vermorel séance publique 21 juin 2019

Publié le dans Sessions publiques

Dans la presse avant-hier, et pour annoncer la séance publique d’aujourd’hui, vous vous êtes félicités de votre excellente gestion et la situation financière éminemment saine de notre collectivité. Soit !

En effet, l’exercice 2018 est marqué par une baisse de vos dépenses de fonctionnement d’exactement – 0.2%. et même plus que ce que demande l’Etat sur le périmètre du pacte financier.

Moins de dépenses, plus de recettes qu’escompté, une progression de l’épargne brute, bref, on peut dire qu’il s’agit d’une situation où vous thésaurisez bel et bien… Nous pouvons redire ce que nous avons dit en décembre dernier : être les plus riches du cimetière, quand on est une collectivité dont la compétence obligatoire est l’action sociale, semble indécent dans l’époque où nous vivons.

Les ajustements de cette première décision modificative sont clairement mineurs et sont l’illustration d’un statu quo, mais c’est l’observation du compte administratif et des dépenses réellement exécutées en 2018 qui est intéressante et qui vient en contradiction avec vos assertions :

1/ Sur le plan de l’action sociale d’abord :

Au total, nous assistons année après année à une stagnation des montants votés et des dépenses réellement engagées sur le budget enfance et familles ; sur le budget cohésion sociale, c’est bien pire : l’écart est énorme : – 16.5 M entre le montant voté en 2017 (162 M) et le montant voté en 2018 (145 M). Nous sommes sur la même hypothèse pour 2019.

Des dépenses à la baisse qui sont à l’image des orientations que vous avez prises depuis le début du mandat. C’est pourquoi nous nous interrogeons sur vos ambitions, certes louables, notamment sur le plan pauvreté aujourd’hui : se traduiront-elles par des dépenses et des actions réelles ? Vous y parlez par exemple d’améliorer l’accès aux droits et de lutter contre le non-recours, mais vous avez plutôt contribué pourtant à accentuer ces phénomènes par vos choix politiques depuis le début du mandat.

Si sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord puisque nous vous avons souvent suggéré d’être vigilant sur le non-recours, nous attendons donc de voir comment se traduisent concrètement vos annonces parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’action sociale a été sévèrement amputée de ses moyens et de ses acteurs.

2/ L’environnement ensuite et surtout :

21 Millions budgétés depuis deux ans, un affichage ambitieux, mais des montants reportés parmi les plus importants : 12 M en 2017, 10 M en 2018.

Et en effet, votre politique environnementale se limite à la préservation de quelques sanctuaires naturels, au travers des espaces naturels sensibles, que vous financez au passage par une taxe de toute façon fléchée sur ces dépenses. Rien de volontariste donc, vous y êtes obligé !

Près de 10 M de report de taxe d’aménagement depuis deux ans reversés au budget général qui pourrait être consacrés par exemple :

  1. A une politique hypervolontariste d’accompagnement vers une agriculture résiliente, qui rémunère ses acteurs et qui nourrit durablement, avec des effets bénéfiques à long terme sur la santé publique des Isérois, donc des économies durables et un modèle vertueux pour notre système de santé épuisé.
  2. A la mise en place de mesures bien plus drastiques pour une alimentation déprotéinée qui a également l’avantage de stopper des importations massives et de casser la dynamique ravageuse pour l’environnement de l’agro-industrie mondialisée. A ce propos, je ne peux pas laisser passer les derniers propos de M. Mulyk [vice-président environnement] « c’est beau un élu qui mange du charolais tous les jours ! », peut-être s’agissait-il de provocation ou de dérision, mais nous n’avons plus envie de rire : manger de la viande tous les jours alimente l’agro-industrie et dope les importations de fourrages ou soja produits à l’autre bout du monde. Lorsque mon collègue Benjamin Trocmé vous parlait de déforestation en Amazonie tout à l’heure, eh bien nous étions à la conséquence de ces choix et votre incompréhension illustre bien que vous n’avez pas intégré la nécessité de repenser le système globalement.
  3. A une politique de transport multi-modal qui donne le choix aux Isérois d’abandonner le plus possible les transports carbonés.
  4. A l’arrêt d’investissements d’un autre âge, qui contribuent au réchauffement climatique, et, ce faisant, dégager bien plus de moyens pour les flécher vers des dépenses d’investissement qui accélèrent la transition.

Bref, au travers de votre politique environnement, vous en restez encore trop sur une vision très limitée de simple préservation de l’environnement qui vise à compenser l’impact de nos activités humaines. Vous ne cherchez pas à repenser en amont chaque action de la collectivité pour changer les comportements et réduire drastiquement les impacts.

Aujourd’hui, avec une volonté politique forte et les progrès de la science, nous pouvons totalement bifurquer vers un modèle de société tout à fait différent et remettre l’humain au centre de la nature, c’est-à-dire respecter les équilibres d’abord, et plus seulement compenser les effets néfastes de l’activité humaine.

Vous n’avez pas encore pris ni la mesure des enjeux, ni la rapidité avec laquelle les bouleversements climatiques vont bousculer le vieux système. Il vous faut faire bien plus d’effort pour engager une vraie rupture et vous ne mobilisez pas tous les leviers pour la mener à l’échelle de cette collectivité. Aussi, cette décision modificative et le chemin que prend cette nouvelle année n’est pas à la hauteur des enjeux sociaux et écologiques qu’exige notre département.