Contribution à la consultation : Plan loup 2018-2023

Publié le dans Positions Environnement-Transition énergétique

 Avis dans le cadre de la consultation sur le Plan national d’Action 2018-2023 sur le loup et les activités d’élevage.

Avis des conseillers départementaux du groupe du Rassemblement des Citoyens, Solidarité & Ecologie, de M. Pierre Mériaux, conseiller municipal de Grenoble, délégué au Tourisme et à la Montagne et de Mme Catherine Brette, ancienne Présidente du PNR Vercors et membre du CA du parc.

Le département de l’Isère est concerné directement par cette consultation : le loup est revenu depuis plus de 20 ans sur des territoires de montagne, notamment en alpage, où l’activité pastorale est très présente.

Nous tenons d’abord à indiquer que ce projet de plan marque un progrès indéniable dans la prise en compte du loup et des activités d’élevage. Il se base sur l’observation de la présence du loup depuis 25 ans en France et de rapports scientifiques qui ont déjà bien renseigné la question. Deux mesures emblématiques nous semblent marquer l’équilibre du rapport : le fait de conditionner les indemnisations des dommages sur les troupeaux à la mise en place de protections (action 3.1). Ces mesures de protections permettent en contrepartie et quand la situation le nécessite (attaques répétées) de libéraliser les tirs de défense avec arme à canon rayé sans nécessité préalable de tirs d’effarouchement (5.1).

  • Concernant l’état des lieux sur lequel se base le plan 

Il nous semblerait important que le rapport insiste sur deux constats liés :

– concernant les raisons du retour du Loup en France ; c’est bien la déprise rurale, l’augmentation des zones forestières et du nombre de cervidés qui permet le retour rapide et durable du loup

– et donc, concernant la présence du loup : il est illusoire d’imaginer vivre sans le loup à proximité des élevages. Même en armant tous les bergers et en libéralisant totalement les tirs de prélèvement, le loup resterait présent.  C’est l’enseignement que l’on peut retenir de tous les pays où le braconnage reste important et où le loup n’a jamais disparu (il est difficile de tuer un loup). Seul un empoisonnement massif pourrait faire disparaître le loup, mais cela aurait des conséquences bien trop importantes sur d’autres espèces (et même probablement sur l’homme) pour être envisagé, indépendamment de la question de la protection du loup.

De plus, les tirs sans distinction auraient probablement tendance à augmenter le nombre d’attaques par l’effet de désorganisation des meutes et de réduction de leurs effectifs. Seules des meutes organisées par le couple reproducteur peuvent attaquer efficacement des grands cervidés et donc éviter un effet de report important sur les troupeaux.

Nous affirmons que l’éradication du loup est inenvisageable juridiquement, mais elle est de plus impossible pratiquement. Les dernières données de la science (rapport Le Maho 2017, rapports ONCFS) doivent être intégrées par toutes les parties : le loup se disperse sur le territoire, petit à petit, et ce mouvement est irréversible. C’est un signal important de biodiversité, qui doit être perçu positivement.

Cette dispersion est difficile à accepter par la profession pastorale qui en subit les conséquences. Mais aider cette profession, c’est d’abord poser un constat fiable plutôt que de l’entretenir dans l’illusion démagogique de politiques publiques qui la débarrasserait du loup.

  • Concernant la question de l’hybridation 

En Isère des éleveurs et des parlementaires ont financé en 2017 une étude pour contredire les analyses ADN de l’ONCFS et l’origine italienne des loups. Cette controverse nous semble une diversion alors que l’ONCFS a rendu publique une étude sur 130 animaux avec un faible taux d’hybridation (voir Action 4.2 du plan).  En tout état de cause, seul un débat scientifique public permettra de sortir de la controverse. La publication du nouveau plan loup est l’occasion pour l’État de l’organiser dans le cadre de ce qui est préconisé sur l’axe 6, action 6.1 : développer la communication et l’information.

Nous constatons que la thèse de l’hybridation massive est maintenant reprise dans de nombreux articles de presse et qu’elle commence donc à marquer les esprits. Ce type de « fake news », dans un contexte de tension permanente sur certains territoires comme le Trièves, doit être démontée scientifiquement si l’on veut revenir à un débat sur des bases scientifiques.

L’ONCFS a même commenté (note d’éléments de langage) la faiblesse des analyses tendant à montrer un très fort taux d’hybridation. Il est maintenant urgent d’organiser la confrontation d’analyses et la médiatisation de résultats fiables pour stopper la mise en place d’un débat tronqué.

  • Concernant les expérimentations

Nous soutenons la position du Parc Régional du Vercors qui s’est proposé comme territoire test.

Deux expérimentations nous semblent intéressantes à tester sur ce territoire :

  • Il est possible de simuler le marquage du territoire d’une meute par des artifices olfactifs : une meute réelle aurait tendance à ne pas pénétrer dans ce territoire (cf. Expérience étasunienne)
  • Il est possible d’équiper les ovins de dispositifs répulsifs qui se déclenchent par hausse du rythme cardiaque (cf. J. P Landry)

Pour conclure, nous souhaitons que la communication qui va accompagner le plan insiste sur l’aspect inéluctable du retour du loup. Un parallèle est possible avec le bouleversement climatique : on peut, dans une posture négationniste refuser les constats scientifiques, mais si l’on accepte le postulat initial du retour inéluctable, il faut alors inscrire le débat dans la prise en compte et l’adaptation à ce retour. L’approche diplomatique telle que l’a développée le philosophe Baptiste Morizot nous paraît être le cadre propice à ce débat (Les Diplomates – Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant –Ed Wildproject 2017). »

les 4 élus RC-SE, Pierre Mériaux & Catherine Brette.