Débat d’Orientation Budgétaire 2020 : intervention Véronique Vermorel

Publié le dans Accueil, Sessions publiques

Monsieur le Président, cher.ères collègues,

Année après année, je dois dire qu’une certaine monotonie s’empare de nous à la lecture de ce document qui doit pourtant servir de support à nos débats sur les orientations budgétaires à venir… Une nouvelle fois les trois mêmes mots-clés, inchangés depuis 3 ans : enfance/famille, cadre de vie, attractivité du territoire. Et où le mot environnement n’est encore envisagé que sous un aspect trop anecdotique.

Nous souhaitons donc profiter de ce débat pour attirer votre attention sur le diagnostic et la manière dont il pourrait être mené.

En effet, pour un budget bien construit, les orientations budgétaires doivent être établies d’après une cohorte de bons indicateurs. Or, vous vous en tenez toujours aux mêmes, génériques et internationaux, que nous retrouvons au début de votre rapport : taux de croissance économique, taux de chômage, qui ne donnent à voir qu’une lecture purement économique de la situation.

Or, beaucoup d’autres indicateurs bien plus pertinents devraient vous alerter pour orienter le budget 2020 :

  1. La multiplication des épisodes climatiques extrêmes, hier encore exceptionnels, aujourd’hui fréquents, est un indicateur qui incite à penser le monde de demain plus résistant aux aléas ;
  2. La qualité de l’air qui se dégrade et a un impact sur la santé des Isérois oblige à penser les mobilités autrement.
  3. L’augmentation des périodes de sécheresse qui provoquent des conflits d’usage autour de la ressource en eau et oblige à revoir la copie sur le développement touristique autour de l’industrie du ski ;
  4. La chute de la biodiversité (baisse de 20% des espèces d’oiseaux en Isère par exemple), qui conduit à l’effondrement des écosystèmes, dommageable à la vie en général et aux interactions entre espèces ;
  5. La répétition des épisodes de canicule, dont l’amplitude en températures comme en durée, menace à moyen terme nos ressources alimentaires et les personnes fragiles ;

Voilà quelques indicateurs qui devraient guider vos choix pour cette année 2020. Ce que nous constatons au travers de ce DOB, c’est notamment que l’agriculture est un parent pauvre de votre politique, pourtant importante car pouvant avoir un impact positif :

  • Sur la santé des Isérois, par une alimentation plus saine, en incitant massivement à une conversion vers des pratiques agro écologiques,
  • Sur la gestion de la ressource en eau, par l’arrêt de monocultures, fragiles ou désormais inadaptées à notre territoire,
  • Ou encore sur l’indépendance de nos territoires par une agriculture diversifiée et relocalisée.

Le document que vous nous présentez est bien trop timoré sur ces questions et tous les moyens devraient être mobilisés pour accompagner et soutenir la profession agricole dans sa mutation.

Revenons également à la situation sociale dans notre département :

En Isère, nous pouvons a priori tous nous réjouir de la baisse du nombre d’allocataires et du nombre de demandeurs d’emploi, cela signifie-t-il que la situation soit vraiment meilleure ? Vous voulez vous en convaincre. Mais sur quel autre indicateur vous basez-vous ? Justement aucun autre.

L’Insee avance ainsi qu’en 2018 le taux de pauvreté aurait augmenté de 0,6 point, avec 9, 1 millions de personnes en dessous de la barre des 60% du salaire médian et que les revenus des plus pauvres ne progressent pas aussi vite que ceux des autres.

La réforme de l’assurance-chômage de M. Macron ne présage rien de bon pour l’année à venir de ce point de vue et les mouvements sociaux actuels (contexte gilets jaunes, crise à l’hôpital public, grève des transports,…) semblent nous indiquer que tout ne va pour autant pas mieux.

La vice-présidente nous disait le mois dernier que, si le nombre d’allocataires baisse, de nouveaux allocataires ont par contre recours à leurs droits. Quid des chiffres ? Nous ne savons rien de précis sur le rapport entre entrants et sortants du système ? Cet indicateur serait pertinent pour mesurer plus finement la réalité du public en précarité.

Voilà les pistes de réflexion que nous vous donnons pour espérer un infléchissement de vos orientations : le budget 2020 doit être bâti pour aller dans le sens d’une préservation du bien commun qu’est notre environnement et d’une réelle anticipation des changements climatiques et sociaux.

C’est par l’établissement d’un budget qui anticipe les effets du dérèglement climatique sur nos écosystèmes que nous éviterons de subir et que nous pourrons véritablement prévenir plutôt que guérir.