Discours de Nadia Kirat à propos de l’adoption du Schéma Enfance et Famille 2020-2024

Publié le dans Accueil, Positions-Action sociale

Ce schéma était très attendu des travailleurs sociaux de l’aide sociale à l’enfance (ASE) et de toutes celles et ceux qui s’occupent et se préoccupent de la situation de ces enfants. Rappelons que ces enfants ou jeunes, sont trop fortement et rapidement marqués par des épreuves, des ruptures de vie ou des traumatismes les empêchant bien souvent d’avoir un parcours de vie « ordinaire ». On sait par exemple que 13% des jeunes de l’ASE passent le bac contre 51 % de l’ensemble des jeunes. De plus, 23% des jeunes sans abris sont issus de l’ASE et 70% d’entre eux sortent du dispositif sans diplôme.

Par ailleurs, de nombreuses alertes des services et travailleurs de la protection de l’enfance, nous parviennent pour dénoncer une saturation des dispositifs, de réelles difficultés à prendre en charge convenablement les jeunes accueillis, des conditions de travail compliquées ou encore une violence sociale prégnante.

Alors, bien sûr, nous soulignons la nécessité de prendre à bras le corps cette question de l’ASE ! Et il faut le faire véritablement, avec rigueur et détermination, mais c’est bien ce qui manque dans ce schéma : une vision claire et précise dont la mise en œuvre est présentée avec rigueur et détermination.

  • D’abord au sujet des moyens. Vous ne proposez rien de précis alors que c’est bien les financements et leur fléchage qui permettent d’identifier la pertinence ou la force d’une orientation ou d’un dispositif.
  • Ensuite, au sujet de la mise en œuvre. Il manque dans ce schéma des explications sur la réalisation des fiches action, par exemple, pour le dispositif de régulation et d’évaluation au sein du Charmeyran et les ordonnances de placement provisoire (OPP). Comment concrètement ce changement va s’opérer ? Un autre exemple : la protection maternelle infantile (PMI). C’est bien de vouloir toucher tous les publics de la petite enfance mais on ne sait pas comment vous allez vous y prendre ?
  • Enfin, il y a le problème concernant les mineurs non accompagnés (MNA ou mineurs étrangers isolés). Le prix journée proposé pour l’appel d’offre est tout simplement scandaleux. Il est trois fois moins important que le prix moyen établi pour les autres enfants de l’ASE. Cet écart n’est pas acceptable. Vous affichez à travers ce schéma des objectifs louables mais vous restreignez au maximum, de façon outrancière, les dépenses pour la prise en charge des MNA. Une prise en charge digne et respectueuse, en termes d’hébergement et d’accompagnement social, n’est pas envisageable à ce tarif. De plus, la recette de l’Etat pour leur prise en charge n’apparaît plus dans ce budget : qu’en est-il ?
  • Pour ce qui est des contrats jeunes majeurs, vous faites du zèle en refusant de donner ces contrats aux jeunes qui sont en situation irrégulière ou sous l’obligation de quitter le territoire français (OQTF). L’attribution d’un contrat jeune majeur ne doit pas être conditionnée à sa situation administrative. Pour ce qui est du courrier du collectif travail social 38 que chaque élu a reçu, le Département va-t-il leur apporter une réponse ?

Nous voterons contre ce rapport car l’ensemble reste très flou et que le traitement réservé à la prise en charge des MNA est condamnable.