Discours de Véronique Vermorel sur le budget 2019

Publié le dans Sessions publiques

Monsieur le Président, Cher collègues,

Le mois dernier, au Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) , nous avons eu, à grand renfort de publicité, un bel effet d’annonce en faveur de la transition écologique, un peu comme si vous aviez décidé subitement de mettre enfin le cap au vert, après 3 années de mandat, et après plusieurs rapports du GIEC, alertant sur l’urgence de changer !

Alors, nous vous avions dit « Chiche » !  Toutefois, nous restions circonspects : le texte soumis au débat le mois dernier était en effet un « copier-coller » du DOB de l’année passée.

Force est de constater qu’on peut en dire autant avec ce budget 2019 qui est encore trop identique à celui de l’année 2018 au regard de la nécessaire transition écologique et sociale de notre monde.

Nous reconnaissons volontiers que vous faites des efforts concernant deux publics en particulier : les personnes âgées et celles porteuses de handicaps avec respectivement une croissance des dépenses de 12% et 7% du budget qui leur est consacré. L’effort tourné vers le handicap est particulièrement marqué sur ce BP2019 avec 11M€ de plus en un an, cependant liée à l’augmentation du nombre de bénéficiaires (+4%) et du nombre d’heures accordées.

Nous reconnaissons également les efforts consentis par le département en matière d’investissement sur les collèges et notamment pour la rénovation et la construction de nouveaux établissements.

Mais sur votre volonté d’intégrer de manière ambitieuse le développement durable, vos choix budgétaires vous trahissent. En effet, certains budgets cette année sont encore en trop forte hausse et viennent totalement contredire vos déclarations. Vous n’intégrez pas la nécessité de rompre au plus vite avec le système d’avant et vous faites donc dans le greenwashing.

1/ On peut commencer par votre politique montagne. Votre budget sert encore trop à poursuivre une politique de soutien à la neige de culture. Ces investissements sont de plus en plus lourds et couteux, vous précisez pourtant dans le Dauphiné Libéré « ne plus avoir le droit de vous tromper dans vos investissements »

Vous vous appuyez fortement sur une étude scientifique, certes nécessaire et bien menée. Mais cette étude sur la neige de culture n’aborde pas beaucoup d’aspects qui fragilisent le modèle économique des stations :

  • les conflits d’usage sur la ressource en eau existent bel et bien puisque cette année jusqu’à début décembre, l’Etat a interdit aux stations d’utiliser les canons à neige à cause de la sècheresse.
  • La répercussion du coût de ces investissements sur le prix des forfaits, assurément rédhibitoires pour les petites et moyennes stations : Mme Carlioz, vous avez dit hier « le client est roi ». Eh bien oui ! Avec des forfaits de ski en forte hausse, on en veut pour son argent : on veut du grand blanc, pas une bande de blanc au milieu de vert. Vous mésestimez l’impact désastreux en termes d’image : les gens aisés ne viendront qu’une fois et s’orienteront vers une grande station, plus assurés d’y trouver plusieurs pistes et un environnement qui ressemble au rêve que vous vendez sur le magazine AlpesIs(he)re.
  • La sociologie du skieur vieillissant, objet d’un autre article dans le même Dauphiné Libéré, qui explique l’attrait moindre pour le ski des nouvelles générations qui oblitèrent également la rentabilisation des équipements.

Vous laissez croire que le modèle du tout neige est sauvé jusqu’en 2050. C’est une grave erreur et un mauvais signale que vous envoyez. Alors qu’il faudrait accélérer la diversification, le risque est que les moyens financiers se concentrent sur la neige de culture et accentuent les difficultés financières de nombreuses stations.

2/ Concernant l’agriculture ensuite, l’effort financier auprès des agriculteurs est de +14% depuis 2016 et +5% par rapport au BP 2018. Mais nous restons sur notre faim s’agissant d’une politique ambitieuse en matière d’accompagnement vers une agriculture plus responsable. Vous avez créé la marque Is(H)ere pour reconnecter les bassins de productions avec les consommateurs locaux, très bien, et pour encourager les agriculteurs à produire plus durablement, mais trop timidement ! Quand il s’agit de voter un vœu pour accompagner les agriculteurs vers la sortie du glyphosate: vous êtes aux abonnés absents ! Pourtant hier M . Duranton nous assure que le Département prend le chemin du « bio complet » mais comment le faire si vous ne mettez aucun critère environnemental dans la charte Is(h)ère ou si nous ne votons aucun rapport relatif au bio ? Si vous n’engagez aucun budget conséquent pour aider aux changements de pratiques ?

3/ D’autre part, vous mettez 10M€ de plus pour 2019 sur les routes par rapport au BP2019 dont 4M€ rien que pour le contournement de Roybon… On sait que ce projet est lié au projet Center parcs heureusement stoppé…Voilà une ligne budgétaire qui pourrait être déplacée sur la politique agriculture par exemple, pour accompagner la mutation vers un système de production agricole vertueux et résilient.

Enfin, à l’heure où la France et l’Isère sont traversées par une crise sans précédent, nous nous rendons compte que vous négligez deux des budgets parmi les plus importants de vos compétences obligatoires. Ces budgets participent pourtant de la réduction de la fracture sociale et territoriale que nous traversons aujourd’hui. Ces budgets, ce sont la Cohésion sociale et l’enfance et famille.

Pour ces deux politiques, vous ne pouvez pas décemment affirmer que vous arrivez à faire mieux avec moins. Car finalement, rien dans ce que vous nous présentez, ne démontre que vos actions sont bien à l’origine, par exemple, de la baisse du nombre d’allocataires RSA. Sur le plan départemental d’insertion vers l’emploi, le budget baisse de 20% depuis le BP 2018 et toutes les lignes de budget pour lever les freins à l’insertion (accompagnement social, aide personnalisée) sont divisées par deux.

Mais sans rentrer dans la bataille de chiffres, c’est surtout sur le plan sémantique que je veux revenir avec ce à quoi nous a eu droit hier sur le chapitre « Cohésion sociale » car cela illustre comment votre discours change.

Vous ne pouvez pas vous attribuer un satisfecit qui est lié à de nombreux facteurs. Il y a quelques semaines, la presse locale parlait de la vitalité de l’agglomération grenobloise par exemple pour mieux encaisser les chocs économiques.

Nous assistons à un écrasement des dépenses dans ces compétences obligatoires, alors même qu’il y a pourtant de grands besoins. Cela corrobore les propos de M. Gimel (Vice-président aux finances) hier : vos prévisionnels collent année après année de plus en plus aux dépenses réelles. Vos ambitions dans le social s’écrasent donc ! Et on peut dire que vous innovez finalement : vous faites dans la décroissance: vos budgets prévisionnels sur le champ du social baissent régulièrement depuis 4 exercices.

Pour finir, et assez logiquement, vous annoncez donc faire bien mieux que les 1.2 % exigé par le pacte financier puisqu’avec ce budget, vous estimez à 0.42% la contraction des dépenses et vous vous en félicitez ! M Gimel parle d’une  « belle épargne brute ». Pourtant, être les plus riches du cimetière ne nous réjouit pas dans le climat actuel.

On se résume : inflation des dépenses vers des politiques toujours destructrices de l’environnement et pas assez suffisamment résilientes et compression des dépenses sociales. On est loin du changement de cap et votre budget ne prend décidément toujours pas la mesure de l’urgence sociale et écologique, pourtant réclamées aujourd’hui.