Plan pauvreté en Isère : une imposture !

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Intervention de Nadia Kirat, séance publique du 21 juin 2019

L’expression « Plan de lutte contre la pauvreté » laisse entendre que les pouvoirs publics vont mettre en place des dispositifs qui vont permettre aux gens de sortir de la pauvreté. Or, les dispositifs proposés ne garantissent pas, à proprement parler, une sortie de la pauvreté. Ils permettent tout au plus d’accompagner les gens qui vivent cette situation en limitant les effets de la pauvreté, ses conséquences et ses dérives en termes de rupture et de dégradation, notamment sur la santé et les enfants. On sait par exemple, que l’un des indicateurs de pauvreté, c’est la santé buccale. L’idée est de créer des conditions favorables pour que les gens précaires, fragiles, en difficulté matérielle puissent malgré tout préserver leur dignité, leur santé et rentrer dans un parcours social les aidant à accéder à un travail quand les conditions sont réunies. C’est également créer des conditions afin de rétablir l’égalité des chances pour les enfants qui ont des parents pauvres et éviter la fatalité de la reproduction sociale. Le seul véritable plan de lutte contre la pauvreté actuellement, c’est donc de permettre à chacun et chacune d’être en emploi afin d’obtenir avec un revenu décent et ainsi dépasser le seuil de pauvreté. Et tout le reste, c’est bien de l’accompagnement social et un renforcement des dispositifs d’accompagnement vers l’emploi.

Or, c’est ce même accompagnement social que vous ne cessez de mettre à mal, consciencieusement, cruellement, depuis votre arrivée au pouvoir en 2015.

Je ne reviendrai pas sur la baisse des financements du plan départemental d’insertion vers l’emploi (PDI.e) et par conséquent sur les restrictions des dispositifs portés dans ce cadre, je vais me contenter de deux exemples significatifs. D’abord, sur les quartiers politique de la ville. Dès votre arrivée en 2015, vous avez supprimé les crédits politique de la ville, si bien que cette politique est une coquille vide, dépourvue de tout budget. Vous avez poussé le cynisme au point de signer le contrat de ville sans jamais y abonder. Il faut rappeler avec force que ces quartiers concentrent le plus fort taux de pauvreté avec les plus bas revenus et le taux de chômage le plus élevé. Votre conception de la lutte contre la pauvreté, c’est de vous désengager et d’abandonner les populations les plus pauvres. Pourtant, ces crédits politique de la ville ont vocation à compenser, à combler les écarts et faire que les plus pauvres ne restent pas en marge.

Ensuite, à propos du service spécifique et unique en Isère appelé PoPS (point précarité santé) de l’association l’oiseau bleu dont la mission principale est de favoriser l’accès à la santé du public en situation de précarité (droits, prévention, soins), vous avez tout simplement coupé les subventions qui leur étaient destinées, si bien que ce dispositif va s’arrêter et que le savoir-faire spécifique de ce dispositif va se perdre et les salariés vont être licenciés.

En fait, au lieu de soutenir les gens en situation de pauvreté, vous contribuez à créer la pauvreté en contraignant les associations à licencier leurs salariés, en laissant les plus pauvres livrés à eux-mêmes.

Certes, les propositions de l’État sont intéressantes et vous vous en saisissez comme d’une aubaine pour utiliser ce dispositif proposé par l’Etat et obtenir des financements alors que dans le même temps, vous baissez de manière drastique les lignes financières destinées à l’insertion sociale, à l’accompagnement global. Mais cet écart entre le discours et le geste, entre ce que vous affichez et ce que vous faites est trop contradictoire pour donner à votre action politique en matière d’accompagnement des populations pauvres une cohérence et une pertinence avérée.

Les consignes de l’Etat sont pertinentes : l’accent est mis sur l’enfance, la santé et l’aide au retour à l’emploi pour les allocataires du RSA :

Nous soutenons bien sûr cet accompagnement social, ce soutien en direction d’un renforcement de l’insertion sociale

Le problème de la réciprocité : elle n’a pas fait ses preuves et vous présenter cela comme la panacée qu’il faut instituer et ériger en modèle… D’ailleurs, nous avons demandé, par le biais d’un courrier qui est resté sans réponse, les éléments chiffrés permettant d’évaluer les effets de cette réciprocité, sans se contenter de la mise en avant de différents prix…

Plutôt que de communiquer sur les vertus d’une réciprocité qui n’a pas fait ses preuves et de détricoter un réseau d’aides et de solidarités qui, lui, a fait ses preuves sans rien  lui substituer toujours rien à l’horizon sur le non recours au droit, sur la rupture numérique, sur l’aller vers…