[SÉANCE PUBLIQUE 1er avril 2021] intervention de Nadia Kirat sur le dispositif Isère emploi

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Tout d’abord, rappelons que je ne suis pas tributaire de la précédente majorité, argument sans cesse répété par la majorité actuelle pour se dédouaner de toute critique. Nous souhaiterions plutôt, ne pas en permanence regarder dans le rétroviseur mais plutôt vers l’avenir afin de proposer des idées plus innovantes.

Avec ce rapport, on est bien loin à présent de la cellule de contrôle que vous défendiez bec et ongles et dont l’objectif était de lutter contre une fraude prétendument calamiteuse pour le budget départemental, ou encore de cette réciprocité qui, scandaleuse dans la définition que vous en donniez en 2017, prétendait que les allocataires du RSA étaient inutiles à la société.

Dans le discours, vous avez enfin changé de paradigme,  d’approche, de vision : il était temps ! En donnant à voir, à travers ce rapport, une volonté de mieux accompagner les allocataires du RSA et de contribuer à créer ces 1000 emplois, on se dit que vous avez peut-être enfin compris la mission du Département en matière d’action sociale et de cohésion et la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique ambitieuse, assumée. Sauf qu’il a fallu attendre 6 ans et une crise sanitaire, sociale et économique majeure. Et que rien dans ce rapport n’indique que le projet que vous affichez sera mis en œuvre et efficace.  De l’affichage car dans le réel, c’est encore autre chose…

Pour ce qui est de l’accompagnement vers l’emploi, vous pointez différents dispositifs, comme par exemple la charte «  Pour l’Emploi local » qui vise à mettre les allocataires du RSA en face des métiers en tension. Mais il n’y a là rien de nouveau, vous aviez déjà proposé un partenariat avec la région pour orienter les allocataires du RSA vers les métiers en tension. Et malgré nos demandes pour avoir des retours sur cette expérimentation, qui d’ailleurs concernait une cohorte trop peu nombreuse pour être probante,  malgré nos courriers, vous n’avez pas répondu si bien qu’on s’interroge sur le sérieux et l’efficacité d’une telle mesure.  Pouvez-vous nous fournir des indicateurs qui permettent d’évaluer cette mesure ?

Vous évoquez aussi les représentations invalidantes : il faut souligner que c’est un point positif de prendre enfin conscience de leur impact et de chercher à les déconstruire pour favoriser l’insertion des allocataires du RSA. Je vous rappelle que vous-même, en tant qu’institution, avec la cellule de contrôle et la réciprocité, aviez produit ces représentations invalidantes. On attend de voir les résultats…

Pour ce qui est de la création de 1000 emplois, on est encore loin du compte … et ce rapport ne contient aucun élément qui garantisse le succès de cette annonce.

Toujours dans le même ordre d’idée et de vos contradictions indépassables, l’augmentation du budget PDIE pour cette année alors qu’il est en baisse constante depuis 6 ans et que vous aviez choisi de l’affaiblir, considérant le volet social comme inutile. Sauf qu’en affaiblissant le PDIE, vous fragilisez la possibilité de faire face à la crise, et l’augmentation budgétaire de dernière minute ne permet pas de compenser le retard que vous avez pris.

Par ailleurs, on regrette que l’accompagnement social n’existe pas en tant que tel et ne fasse pas une véritable place aux allocataires qui sont souvent des experts de leur parcours : vos propositions sont très descendantes, quand il faudrait plus de concertation avec les principaux concernés. L’accompagnement social est nécessaire car il permet de reconstituer cette vie sociale qui disparaît parfois en même temps que la perte d’emploi.  D’autant que vous faites comme s’il suffisait de mieux accompagner les allocataires pour qu’ils retrouvent un emploi alors que les pourvoyeurs d’emploi  sont en crise. L’accompagnement social est donc plus que jamais nécessaire.

Les temps sont durs, le rôle des collectivités est essentiel pour que nous puissions faire face collectivement et que les services publics exercent pleinement  leur fonction et contribuent à contenir les inégalités sociales qui se creuser toujours davantage. Le Département a une responsabilité majeure à servir d’amortisseur social durant cette crise sanitaire.  

Là encore votre choix de ne pas contribuer à la politique de la ville est révélateur de ces erreurs stratégiques sur ce dispositif. La crise sanitaire a touché le plus durement les « premiers de corvées ». Les aides-soignantes, les livreurs, les femmes de ménages, sont dans ces quartiers que vous avez abandonnés. Nous souhaiterions aujourd’hui une vraie collectivité qui aide ceux qui sont les plus en difficulté.