[SÉANCE PUBLIQUE 1er avril 2021] Intervention de Véronique Vermorel sur l’aide exceptionnelle versée aux artisans et commerçants isérois

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Monsieur le Président, chers collègues,

Les nouveaux publics, affectés par la crise économique liée à la crise sanitaire, sont nombreux et ils risquent en effet pour un certain nombre d’entre eux de basculer dans la précarité, comme vous l’écrivez dans ce rapport.

La manière dont vous envisagez votre accompagnement, que vous présentez comme renforcé et pluri-disciplinaire, appelle toutefois quelques commentaires.

Ainsi, vous allez chercher ici et maintenant de manière volontariste ces nouveaux publics, et vous évoquez notamment « un accompagnement d’ordre psychologique », pour les soutenir dans ce qui est clairement un déclassement social, soudain et subi. C’est en effet important de prendre en compte ce qu’un effondrement professionnel peut avoir comme impact fort sur la vie d’un individu.

Mais, en creux, qu’est-ce que cela dit des autres précaires en attente, eux aussi d’une prise en charge au RSA ? Est-ce à dire qu’ils ne subissent pas à titre individuel une perte de confiance eux aussi ? Qu’ils s’étaient moins investis ? Qu’ils ont donc moins perdu en dignité dans le parcours qui les amène à demander cette aide sociale ? Qu’ils n’ont pas besoin d’un soutien psychologique et d’un accompagnement renforcé pour retrouver leur place dans la société ?

En amenant ce rapport dans ces termes, nous y lisons que vous considérez les raisons qui les amènent vers la pauvreté et la précarité comme exogènes et que leurs difficultés ne sont pas de leur fait. C’est en effet le cas, mais c’est bien mépriser les autres. Ce rapport laisse donc à voir qu’il y a des différences de traitement selon le profil des allocataires et que vous ne mettez pas les mêmes moyens pour les autres : seniors déclassés, jeunes qualifiés peinant à s’insérer sur le marché de l’emploi, ou simplement salariés au parcours de vie accidenté ou interrompu, tous méritent d’être pris en considération, d’être reconnus dans ce qui reste, à titre individuel, une phase de vie dramatique qui détruit l’estime de soi et qui donne le sentiment amer d’être éjecté de la communauté.

L’amendement que nous présentons vise donc à élargir le public concerné par l’aide que vous proposez précisément pour prendre en considération, sans exclusive, tous ceux qui font les frais des trous dans la raquette de notre système de protection sociale, bien qu’il soit dommage d’envisager ce nouvel angle de vue seulement aujourd’hui.