Un aéroport sur deux en France est inutile et coûteux pour le contribuable : le cas de l’aéroport Grenoble-Alpes-Isère

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Dossier complet à retrouver ici.

S’intéresser au dossier de l’aéroport Grenoble-Alpes-Isère permet de mettre en lumière l’ensemble de dysfonctionnements et d’aberrations sur lequel est construit aujourd’hui le modèle français, et au-delà mondial, du transport aérien.

Une situation géographique particulière

L’aéroport Grenoble-Alpes-Isère est situé à 45km de Grenoble. Dans un rayon de 70 km on compte trois aéroports internationaux (Lyon St Exupéry, Grenoble-Alpes-Isère et Chambéry-Alpes), auquel il faut aussi ajouter l’aéroport de Genève. Vinci Airport est actionnaire majoritaire de l’aéroport Lyon St Exupéry. Les aéroports Grenoble-Alpes-Isère et Chambéry Alpes appartiennent aux Départements d’Isère et de Savoie, qui en ont délégué la gestion à Vinci Airport.

L’aéroport Grenoble-Alpes-Isère est principalement utilisé durant les week-end d’hiver pour desservir les stations de skis (voyage des « tour-opérateurs » anglais notamment). Son utilisation est bien plus marginale en été (compagnie « low cost » Ryanair notamment).

Un aéroport structurellement déficitaire

Depuis plus de 40 ans, l’aéroport est structurellement déficitaire, obligeant différentes collectivités locales à combler les déficits. Entre 2010 et 2017, ce sont plus de 22 M€ qui ont été dépensés en investissement et fonctionnement. En 2018, le Département de l’Isère a versé en fonctionnement plus de 2M€ à Vinci Airport pour combler le déficit de l’aéroport. La légalité de ce versement est contestée au Tribunal Administratif de Grenoble.

Si des subventions de fonctionnement sont autorisées, elles doivent être transitoires avec pour objectif de tendre vers l’équilibre financier. La Commission Européenne, suivi par l’Etat Français, impose que ces subventions disparaissent au-delà de 2024. C’est tout le contraire qui est fait par le Département de l’Isère, la subvention de fonctionnement ne cessant de croitre depuis des années sans aucun garde-fou.

Une compétition stérile entre territoires

Entre 2015 et 2018, alors que la subvention de fonctionnement a doublé, la fréquentation de l’aéroport Grenoble-Alpes-Isère a augmenté de 16%. C’est moins que l’aéroport voisin Lyon St Exupéry (+18%). Pire : on observe un report des passagers depuis l’aéroport Chambéry-Alpes, qui offre des conditions tarifaires moins attractives. Or, plus de 50% des personnes atterrissant à Grenoble-Alpes-Isère se rendent dans une station de Savoie ou Haute-Savoie; seuls 31% se rendent dans une station d’Isère. L’argent dépensé par les contribuables isérois ne profite pas au territoire mais va directement dans les poches des compagnies aériennes et de Vinci Airport, qui profite de cette concurrence entre deux Départements. Au vu du caractère régional des aéroports, il faudrait a minima envisager des mutualisations voire un transfert de compétence à la Région pour être en position de force devant l’opérateur privé et les compagnies aériennes.

Une dépendance malsaine aux compagnies low cost

Si l’aéroport est structurellement déficitaire depuis plus de 40 ans, la situation a encore empiré avec les politiques agressives des compagnies low cost qui font jouer la concurrence entre aéroports. Ainsi, à Grenoble-Alpes-Isère, de très nombreux abattements (allant jusque 90% !) de redevances aéroportuaires sont promis pour les attirer. Cela concourt au déficit d’exploitation de Vinci Airport, qui compense avec la subvention de fonctionnement du Département.

Cette dépendance à une société comme Ryanair est très malsaine, quand on connait le passif de cette compagnie multi-condamnée en France pour ses pratiques commerciales agressives et son non-respect du droit du travail. Cela est d’autant plus paradoxal venant d’élus communiquant systématiquement sur la fraude aux prestations sociales.

Une absence de vision et de contrôle des élus

Depuis plus de dix ans, les élus du Département de l’Isère n’ont jamais eu en main les éléments pour contrôler cette politique : non publication des rapports d’activité (pourtant obligatoire), absence de budget annexe… Un seul débat a eu lieu en 2012 et a mené à une conclusion votée à l’unanimité (sauf les deux élus écologistes). Trois ans plus tard, sans aucun débat, c’est l’exact contraire de la politique votée qui était mis en place sans aucune concertation.

La situation de cet aéroport (et au-delà de tous les aéroports de cette taille) est régulièrement dénoncée dans de nombreux rapports (cour régionale des comptes, parlement, gouvernement, commission européenne) mais sans que rien ne change.

Un financement public d’un secteur climaticide

Ce financement public des aéroports s’ajoute à tous les avantages connus du transport aérien (non taxation du kérosène, exemption des objectifs de réduction de gaz à effet de serre…). Cela est d’autant plus choquant qu’il profite avant tout aux catégories les plus aisées : 52% des passagers de l’aéroport Grenoble-Alpes-Isère sont des CSP+.

Ce soutien au transport aérien annihile les –déjà maigres- efforts du Département en matière de réduction d’émission des gaz à effet de serre. Alors qu’il s’est engagé à réduire de 4500t-CO2e à l’horizon 2020 (sans tenir compte du transport aérien), cette réduction est annihilée par une simple augmentation de 22 000 passagers etre Grenoble et Londres. Les politiques du Département sont donc incontestablement néfastes pour le climat.

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