Tourisme de montagne, une nécessaire adaptation

Publié le dans Positions, Positions Agriculture, Economie et Tourisme
Source : Chapatte

Le mois de décembre 2015 fut le plus chaud depuis 1900, année des premiers relevés météorologiques. Ces conditions ne sont plus exceptionnelles et vont impacter le modèle touristique des sports d’hiver. Aujourd’hui, il faut donc sortir de la logique d’un suréquipement aveugle en remontées mécaniques ou neige de culture. Il faut surtout dès maintenant investir pour un tourisme quatre saisons plus respectueux des espaces naturels, générateur d’emplois locaux diversifiés et plus résistants aux aléas climatiques.Avec un budget « Tourisme » en hausse de 17%, le Département a les moyens d’accompagner cette transition. Il doit pour cela définir des conditions claires au subventionnement des équipements touristiques. Il doit aussi travailler à la complémentarité entre les différentes offres (montagne, campagne, villes), où tous les acteurs touristiques ont à y gagner. Deux projets récents d’aménagements laissent cependant craindre que les décideurs –économiques et institutionnels- ne prennent pas la mesure de l’enjeu.

Projets de développement de Chamrousse et aménagement de la combe des Vans

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Combe des Vans Source : volopress.net

La station de Chamrousse a depuis plusieurs mois engagé une réflexion pour relever les défis des années à venir. Après une révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) en décembre 2014, un projet de rénovation urbaine de toute la station du Recoin a été voté en décembre 2015. Ce projet présente sur le papier des intentions louables : piétonisation du centre (conjointe à la construction d’un parking souterrain), installation d’un complexe hôtelier de type thermal renforçant l’offre quatre saisons, aménagement d’espaces publics paysagers. On peut cependant s’interroger sur la pertinence de l’extension de l’offre d’hébergement de 562 logements, ou environ 2000 lits, sur un total actuel de 15 000. Une telle augmentation de capacité dans une station déjà souvent saturée laisse présager une injonction prochaine à étendre le domaine skiable.

Et c’est malheureusement la voie déjà empruntée avec la réflexion engagée sur l’équipement de la combe des Vans située sur l’envers de la station. Ce projet, véritable serpent de mer depuis des décennies, est critiquable à plusieurs titres :

  • Cette combe est aujourd’hui doublement protégée (réseau Natura 2000 et site classé du « Lacs Achard et balcons de Chamrousse »). Au-delà de l’impact indéniable sur la biodiversité et le caractère sauvage du secteur, la perte d’un tel espace va décourager un public de vacanciers désireux de diversifier ses activités hivernales. Or, lors des années sans neige, il est d’autant plus important d’offrir des solutions alternatives au ski de piste (randonnée à pied, à ski ou raquettes nécessitant moins de neige).
  • L’intérêt d’un tel équipement est uniquement marketing, avec la possibilité d’afficher la cote 2500m (quand bien même le sommet ne culmine qu’à 2448m). Le gain en termes de qualité de ski est très marginal, avec une nouvelle piste de seulement 350m de dénivelé butant sur celle des Lacs Robert. L’orientation Sud ne laisse pas non plus augurer un enneigement bien supérieur à celui de la station actuelle.

Construction d’une retenue collinaire à Lans en Vercors

Autrans - Source ledauphine.com

Autrans – Source ledauphine.com

Fin janvier, le Département de l’Isère a voté le principe d’une subvention de 177 000€ pour la construction sur la commune de Lans-en-Vercors d’une retenue collinaire destinée à la production de neige de culture. Ce financement se fait dans le cadre du Contrat de Développement Diversifié (CDD), y est mentionné l’installation de jeux d’eaux et d’une plage en pied de digue. L’intérêt de telles installations est discutable quand on sait que cette retenue sera localisée au Stade de Neige, loin du village centre, où se concentre le gros de l’activité estivale. Cette localisation au pied des pistes, également imposée par le CDD, aura en outre pour conséquence de devoir procéder au pompage de 26 000m3 depuis le village, le site n’étant pas alimenté par les eaux de ruissellement.

La faisabilité et la rentabilité d’un tel projet sont donc fortement questionnables et il est regrettable que le Département accorde une subvention d’un tel montant sans aucune étude détaillée, ni condition exécutoire. Cette attitude est symptomatique de la croyance que la neige de culture est la seule réponse au dérèglement climatique, faisant fi des contraintes techniques minimales (des températures suffisamment basses durant une longue période) et des dommages environnementaux collatéraux (modification du cycle de l’eau, atteinte à la biodiversité).

Dans la présentation de son projet, la mairie de Chamrousse conclut : « Ces projets sont conçus et lancés dans une perspective à vingt ans mais les premiers résultats, attendus pour 2018 marqueront le début d’un processus irréversible, fondateur d’une nouvelle vision touristique, économique, sociale et environnementale ». Au vu des investissements financiers en jeu et des dégâts environnementaux, il faut en effet craindre le caractère irréversible de tels choix : les stations s’engagent sur une pente dangereuse qu’il sera difficile de remonter quand les conditions climatiques que nous vivons cette année seront devenues la norme des hivers alpins.